Parler

C’était simple. Il fallait que je me la ferme pour ne pas déranger. J’ai appris que si je me la fermais, il n’y aurait pas de problème. J’ai donc arrêté de parler. Peu importe si mon père était correct avec moi ou non. J’ai juste arrêté de parler. Ma mère exigeait quand même que l’on mange en famille. Je fixais mon assiette autant que possible pour éviter le regard de mon père. Le regard de celui qui avait le droit de m’abaisser, de me frapper si je faisais « quelque chose de mal », de m’humilier sans que je puisse me défendre. Pour lui, rire de quelqu’un, c’était « agacer ». Et j’avais « la mèche courte », parce que je réagissais à ses commentaires dégradants.

Mauvaise fille, que j’étais.

J’ai donc appris à me la fermer. Puis les quelques éruptions volcaniques m’ont valu des punitions. Je l’ai envoyé chier, je lui ai lancé ma fourchette, je lui ai même planté un crayon je-ne-sais-plus-où, dans un bras ou un genou. C’est flou dans ma tête.

Malgré mon jeune âge, je savais déjà que ce qu’il faisait n’était pas correct. Mais j’ai appris à « le laisser faire », comme on me l’avait prescrit. C’était plus sécuritaire de me fermer la gueule et d’encaisser les coups que de crier ma rage ou de montrer le poing.

« Ce qui se passe dans la famille doit rester dans la famille. »

Mais mon silence est devenu insupportable, la façon dont il me traitait aussi. C’est pourquoi je l’ai dénoncé. Ce qui m’a valu encore plus de reproches de la part de ma mère et des autres.

Parler n’était pas sécuritaire. Parler n’était pas approprié. Parler, c’était trahir. Parler, c’était défier l’autorité que je devais à tout prix respecter. Parler, c’était risquer de ne pas être aimée. Parler, c’était « détruire » la famille. Parler, c’était mettre au grand jour des réalités que personne n’avait le courage d’admettre. Parler, c’était « brasser la marde ».

Heureusement, l’écriture aura pris le relais, le temps que ma voix se refasse. Aujourd’hui, consciente de tous les risques que cette prise de parole représentait pour ma propre sécurité, je peux avoir de la compassion pour la petite fille en moi qui a toujours de la difficulté à verbaliser ses émotions, à affirmer ses limites, à ne pas se sentir coupable quand elle hausse le ton.

Je comprends que ses peurs – celles d’être rejetée, détestée, reniée – sont fondées. Et je la rassure en lui disant que c’est correct. Qu’elle a raison de se sentir ainsi. Que la menace n’est plus actuelle, même si elle existait autrefois. Je lui assure qu’aujourd’hui est un bon temps pour s’exprimer. Je lui assure qu’aujourd’hui, elle en a le droit. 

C’est le flot qui dicte

Il y a quelque chose que j’aurais aimé dire en public, mais que je n’ai jamais osé.
Sûrement parce que j’avais peur du jugement. D’avoir l’air un peu folle, pas assez intellectuelle aux côtés de mes collègues littéraires. Sorcière.

Je n’ai jamais avoué aux journalistes que mon cycle menstruel faisait partie de mon processus d’écriture.
Ça m’aura pris du temps à me l’avouer, à moi-même.
La semaine avant mes règles, je dors mal, j’ai des cauchemars, je deviens hypersensible à ce qui se passe autour de moi et en moi, j’ai des émotions qui se cherchent des mots pour énoncer leur message ou encore des ailes pour évoquer ce qui échappe à ma parole.
En images me revient l’essentiel de ce qui doit être dit, véhiculé, transmis, partagé, accueilli, validé. Dans mes rêves comme dans le quotidien que mon corps traverse, pores ouverts.
C’est ainsi que je reconnais le pouvoir de mon corps où se loge la vie qui m’inspire.
Mon corps, en relation avec tout ce qu’il effleure, a touché, saisi, goûté, goûtera, saisira, touchera, effleurera.
Mon corps qui sait tout.
Mon corps qui retient tout.
Mon corps qui relie mon passé au présent à l’avenir, pour que rien de ma vie ne m’épargne.

Je lui en veux parfois, de me garder éveillée.
Il m’aura fallu des années pour le comprendre.

Entre le deuil du recueil et de soi

Parfois, la vie nous réserve de belles surprises.

Il y a 4 ans, je commençais à écrire un troisième recueil. Il y a un an, je le soumettais pour publication, soulagée de pouvoir enfin « m’en débarrasser ». Je me souviens de l’urgence qui m’habitait à ce moment-là : le recueil était empreint d’un ressentiment dont je voulais me défaire pour passer à autre chose. Malheureusement, avec un recul, je me suis rendu compte que le manuscrit n’était pas prêt et j’ai demandé à l’éditeur qu’il le retire. Il m’a suggéré d’en soumettre une deuxième version…

Le problème, c’est que je me voyais mal continuer à travailler sur un recueil qui me replongeait dans une période aussi sombre de ma vie. J’ai donc décidé que ce recueil ferait partie de mes archives personnelles, tout simplement. J’ai supprimé le manuscrit de mon ordi et j’ai misé sur d’autres projets. Fuck it. J’en ferais mon deuil.

Il y a deux semaines, je me suis mise à écrire un texte poétique en prévision d’un spectacle littéraire auquel je participerai à la fin de novembre. J’ai décidé de m’amuser. Les thématiques et les images qui apparaîtraient dans mon écriture seraient une surprise. Je me suis laissé guider par « ce qui avait besoin d’être dit » et je me suis relue. Bouche bée.

La thématique principale, les images et les symboles qui en sont ressortis sont les mêmes que ceux qui se retrouvaient dans mon recueil commencé en 2014. Je me suis dit : « Oh my god. C’est un univers qui m’habite encore? Qu’est-ce que je fais avec ça? » Puis le lendemain, je me suis réveillée avec une sensation dans les poumons, celle qui se manifeste chaque fois que je traverse un deuil important. Puis j’ai suivi mon intuition : il fallait que je revisite mon recueil afin d’explorer davantage le thème de la non maternité.

Heureusement, j’avais sauvegardé une copie de mon recueil et j’ai pu intégrer à celui-ci ce que je venais tout juste de pondre. J’ai imprimé tous les morceaux du manuscrit et les ai étalés sur le plancher de mon appartement. Je savais à présent quelle était la ligne de sens à suivre. Après plusieurs heures de travail, j’avais un manuscrit qui se tenait. Ne manquait plus que la fin, ce que j’estimais être une dizaine de pages.

Je me suis heurtée à plusieurs obstacles en cours de route. Je dormais mal, je me sentais possédée par une charge émotionnelle qui avait besoin d’être véhiculée par moi, mais à laquelle je ne trouvais pas de mot. J’ai été à nouveau habitée par l’urgence de mettre un terme à tout ce que « la relation toxique avec un homme » représentait pour moi. Ce dont je faisais le deuil n’était pas qu’une relation : c’est une partie de moi qui mourrait. Cette partie de moi qui avait, pendant tant d’années, cherché un sauveur. Un amoureux qui la délivrerait du manque initial. Qui épongerait les blessures. Cette partie de moi s’était envolée, j’avais l’impression, mais elle n’avait toujours pas trouvé refuge dans mon écriture. Trouvé voix en moi-même.

Puis j’ai pleuré. J’ai eu mal au cœur, au ventre, à la gorge, et j’ai su qu’il faudrait tôt ou tard me l’approprier, cette partie, avant de la laisser aller. Ce que j’ai fait. J’ai travaillé sur mon manuscrit à peu près tous les jours la semaine dernière. Puis quand j’ai eu terminé, je suis allée prendre une douche. Puis j’ai trouvé un cheveu blanc. Ce qui m’a à la fois horrifiée et amusée. L’écriture de mon recueil avait-elle eu pour effet de me faire « vieillir »? Étais-je enfin passée de fille à femme?

Before It Gets Better

It always gets worse before it gets better.
Why? Because you become aware, and that hurts.
You notice your thoughts, feelings, toxic patterns, and feel like there’s nothing you can do about the fact that you can’t let them go. 
The relationship that caused you pain. The situation that you put yourself into. 
You hate to admit that you’re not in control.
And you wish “surrendering to what is” wouldn’t be a part of the solution.
Because you resist change.
You resist growth.
You have a hard time accepting that “what was” was. That today is another day, and that tomorrow is no longer your focus.
You want happiness. Now.
So you discard everything that is not.
Even though you know hurting is a part of the process.

This is what I go through every time I experience deep personal transformation.
I can only deny for so long.
I can only bypass for so long. 
Eventually my body will catch up to me and say: “Hey, there’s something going on over here that needs your attention.”
So I listen.

There are days where I wish I wouldn’t hear it.
There are days where I wish I could just run away from myself and not face the truth.
But here it is. And here I am.
Fully connected to it. 
So I engage.
Through writing, singing, dancing.
I speak to it in its language. Energy. Movement. Flow. 
And it responds.

Then I remember that happiness isn’t far from pain.
I feel excited.
I feel excited knowing that something is being released and that my energy is shifting.
I feel excited knowing that I am growing.
Becoming more aware.
Becoming more at peace.
Becoming more in tune with myself.
Experiencing more love.

I can’t get over how fascinating that process is when I simply let it happen.
Pain and happiness are not separate. 
It always gets “worse” before it gets “better”.

The HOW Will Figure Itself Out

I’ve been studying the business world for many years. I had never thought of myself as an entrepreneur. Yet, what I love the most is working on my own creative projects. I had my first epiphany in 2011 as I was reading a book that spoke to my Soul. I had just moved to Ottawa. I remember holding the book firmly in my hands as my heart opened up. It became all warm and tingly inside and I began to tear up. I knew at that moment that I had discovered something real about myself. Something undeniably true that would open up a space for a deeper purpose to be revealed and for growth to take place.

“Oh my god, this is why I’m here,” I kept repeating, walking around in my new tiny apartment. There was no place to go, and certainly no place to hide. Haha. I was so overwhelmed by the feeling of expansiveness that I called my friend who had given me the book Succulent Wild Woman by SARK, but could hardly speak. “I am meant to bring people together around creativity so that they know they are not struggling alone”, I wrote in my journal later that day.

And then came the HOW. The Harsh Overthinking Whisper in my head that said: “But how are you going to do that?” Truth is, I had no fucking clue. Ha! But the call to action was so clear that I decided I would learn. And so I did. I purchased books, programs, listened to podcasts, attended conferences and workshops and online events, and even hired a business coach. And I’m glad I did. Because results require action. Right?

But there was a piece missing: all those years, I had been so focused on the doing that I had forgotten about the being. In other words, I was constantly “working” on my business (and that’s exactly the language I was using when people would ask me what I was doing) but I was not embodying “the person I needed to be in my business” in my everyday life… YIKES! How was that possible?… I was still struggling with SO many things! And fortunately, with a little self-compassion, I accepted that I wasn’t through with my bullshit and had to slow down to reevaluate my life. My choices. My eating habits. My personal relationships. Everything.

It wasn’t until recently that I made some important changes that brought me closer to that version of myself I am picturing as a leader, speaker, sacred space holder. It wasn’t easy. In order to make lasting changes, we need to go within and untangle some deep twisted beliefs that we have ingested, most of them when we were kids, and face our fears. That takes tremendous courage. And it’s certainly not something we want to be doing alone. Along the way, I managed to attract other souls who are also traveling with their flashlights along the dark corridors of their beings, and we helped each other. (Aren’t we all still figuring our shit out?) 

As I became stronger and more loving to myself, I decided I would try my best to become friends with the monsters that lied under my bed and haunted me for so long. I sometimes thank them for being a part of my story. Because it’s a story that I can share with other people who are still struggling with their monsters.

I want to be that person. I want to be a person who holds a flashlight for myself and others when it gets dark. A person who radiates joy, possibility, creativity, hope, freedom, happiness.

I am choosing to be that person today.

I am being that person today.

The HOW will figure itself out.

Love Letter to My Body

Morning run has become one of my favorite things.

I used to be afraid of it. For real. (“What are people going to think of me?”)

The negative self-talk started again in May, after I finished my first session as a Master student. I looked at a picture of myself wearing a cute black dress and thought: Oh my God, is this me?

After all that time spent in front of the computer, doing my reports (and eating cake, just to cope with the anxiety), I had gained about 15 pounds. I was horrified: “But my health has become SO important to me, how could I let this happen again?” I was angry at myself. And the school system (haha), for being what it is. And the negative self-talk (my inner gremlins) went on, and on, and on. Until I decided to change my focus.

Three weeks ago, at a yoga retreat (after crying all morning because I didn’t feel comfortable in my own skin), I decided that this would be an opportunity for me to learn to love my body unconditionally. As it is now. As weird as it sounds, I wrote a love letter to my body. It turned out to be a very empowering experience. For instance, I noticed that I was feeling guilty about the fact that I wasn’t able to provide the love that I wanted to my body. Like a mother, I imagine, would feel when she comes face to face with her own limitations as a mom. But what was the most interesting, is that I realized how much my body had remained so faithful to me all this time. In spite of all the self-abuse, self-hate, self-talk.

My body had always been my freedom to travel, to walk intuitively, to explore possibilities, to express my femininity, to express myself fully through arts. My body had always been my sacred temple, my vehicle to my dreams, my most authentic “voice”.

And then came gratitude.

So I paused for a moment. Breathing in love. Exhaling fear. Allowing gratefulness to wash away the guilt and uncover my heart. My precious little heart that wants to LOVE so much but feels restricted by the voices of the past: my dad’s, the bullies’ at school, society.

This is the feeling that I’m honoring everyday when I go for a run. 
Breathing in love. Exhaling fear.

With every breath, I am consciously choosing to love myself unconditionally.

En réaction à un manque d’amour?

Pendant longtemps, j’ai négligé un aspect important de ma vie : mes relations. Je me suis absorbée dans le travail parce que je croyais que c’était la seule sphère dans laquelle je pouvais réussir. « T’es bonne à l’école, mais pas dans vie, » me disait mon père. Et je perpétuais cette réalité en me donnant corps et âme à mes études, en espérant toujours être première de classe. Je passais des nuits blanches à faire mes rapports de livre. Il me fallait prouver que j’étais bonne à au moins quelque chose. Par ailleurs, j’éprouvais beaucoup de difficulté à m’investir dans mes relations, convaincue qu’elles étaient vouées à l’échec. Mes amis m’ont été précieux, le sont encore, et le seront toujours. Mais mes relations amoureuses ont été une confirmation du message que j’avais reçu toute jeune : « Y a personne qui voudra rester avec toi, qui sera capable d’endurer ton caractère. » En réaction à ce commentaire de mon père, j’avais développé une peur de l’abandon. N’était-ce pas d’ailleurs la réalité que je vivais jour après jour dans mon milieu familial où je ne semblais jamais être assez docile, assez gentille, assez obéissante, assez bonne ? En réaction à cette peur, j’ai recréé des relations où je me compromettais moi-même pour éviter qu’on m’abandonne. Je tâchais de ne pas être « trop émotive », « trop exigeante », mais je finissais toujours par en vouloir à la personne de ne pas me voir, me comprendre, m’entendre. Aujourd’hui je comprends que c’est parce que je ne m’étais pas moi-même donné la permission d’être qui je suis. Parce que j’étais convaincue que mon partenaire, une fois qu’il me connaitrait vraiment, s’en irait. Ainsi, en tentant d’éviter l’abandon à tout prix, je le recréais à mon insu et je continuais de m’accrocher à des personnes qui n’étaient pas un bon « fit » pour moi en espérant trouver leur amour. Mais chaque fois, je finissais par me sentir vide, inadéquate, insignifiante.

Il y a deux semaines, j’ai recommencé à faire des sorties en me promettant que je me montrerais telle que je suis dès la première rencontre. Ce que j’ai fait. Mais je me suis heurtée au même sentiment quand un gars ne m’a pas recontactée pour une deuxième sortie : « La soirée s’est pourtant bien passée… Qu’est-ce qu’il y a de mal avec moi ? » Mais je me suis tout de suite ressaisie : « Et si ça n’a rien à voir avec moi ? » Avec un recul, j’ai pu déceler certains signaux qui m’ont fait réagir : « Est-ce que je voudrais être avec un homme qui dit ceci ou fait cela ? » Ce genre d’homme, je l’ai déjà fréquenté. Je sais que ce n’est pas pour moi. Alors pourquoi m’accrocher ?

Je me suis rendu compte que l’approbation que je recherchais dans mes relations intimes était encore celle de mes parents. Encore. À l’âge de 32 ans, presque 33. N’est-ce pas incroyable ? Puis je me suis demandé combien de gens sur cette terre étaient toujours en réaction à un manque d’amour qu’ils avaient subi. Combien de gens recherchent-ils encore inconsciemment à résoudre un conflit de l’enfance… à travers leurs relations ? La réalité, c’est que le familier rassure. Il m’a rassurée pendant longtemps. En confirmant un message que j’avais tenu pour un fait indéniable : « Tu n’es pas digne d’amour. »

Mais je sais à présent que ce n’est pas vrai. La preuve ? Je me donne la permission d’être moi-même quand je fais de nouvelles rencontres. Ce faisant, je m’expose au risque de ne pas plaire à tout le monde. Et à la possibilité de ne pas recevoir d’autres textos d’un homme que je croyais intéressé. Je suis également plus en mesure de déterminer ce qui est bon pour moi. Et en ayant à cœur mon bien-être, j’ai aussi la responsabilité de dire non à ce qui n’est pas dans mon meilleur intérêt. Et à percevoir le départ d’une personne qui ne me convient pas comme un cadeau plutôt que comme un abandon.

Cela ne veut pas dire que je ne vivrai plus le sentiment d’abandon. Mais j’y serai plus sensible. Parce que je sais d’où il vient. Parce que je sais désormais que je suis la mieux équipée pour répondre à la blessure initiale réactivée. Parce que je réapprends à m’aimer. Jour après jour. J’apprends à honorer qui je suis.