Pendant longtemps, j’ai négligé un aspect important de ma vie : mes relations. Je me suis absorbée dans le travail parce que je croyais que c’était la seule sphère dans laquelle je pouvais réussir. « T’es bonne à l’école, mais pas dans vie, » me disait mon père. Et je perpétuais cette réalité en me donnant corps et âme à mes études, en espérant toujours être première de classe. Je passais des nuits blanches à faire mes rapports de livre. Il me fallait prouver que j’étais bonne à au moins quelque chose. Par ailleurs, j’éprouvais beaucoup de difficulté à m’investir dans mes relations, convaincue qu’elles étaient vouées à l’échec. Mes amis m’ont été précieux, le sont encore, et le seront toujours. Mais mes relations amoureuses ont été une confirmation du message que j’avais reçu toute jeune : « Y a personne qui voudra rester avec toi, qui sera capable d’endurer ton caractère. » En réaction à ce commentaire de mon père, j’avais développé une peur de l’abandon. N’était-ce pas d’ailleurs la réalité que je vivais jour après jour dans mon milieu familial où je ne semblais jamais être assez docile, assez gentille, assez obéissante, assez bonne ? En réaction à cette peur, j’ai recréé des relations où je me compromettais moi-même pour éviter qu’on m’abandonne. Je tâchais de ne pas être « trop émotive », « trop exigeante », mais je finissais toujours par en vouloir à la personne de ne pas me voir, me comprendre, m’entendre. Aujourd’hui je comprends que c’est parce que je ne m’étais pas moi-même donné la permission d’être qui je suis. Parce que j’étais convaincue que mon partenaire, une fois qu’il me connaitrait vraiment, s’en irait. Ainsi, en tentant d’éviter l’abandon à tout prix, je le recréais à mon insu et je continuais de m’accrocher à des personnes qui n’étaient pas un bon « fit » pour moi en espérant trouver leur amour. Mais chaque fois, je finissais par me sentir vide, inadéquate, insignifiante.

Il y a deux semaines, j’ai recommencé à faire des sorties en me promettant que je me montrerais telle que je suis dès la première rencontre. Ce que j’ai fait. Mais je me suis heurtée au même sentiment quand un gars ne m’a pas recontactée pour une deuxième sortie : « La soirée s’est pourtant bien passée… Qu’est-ce qu’il y a de mal avec moi ? » Mais je me suis tout de suite ressaisie : « Et si ça n’a rien à voir avec moi ? » Avec un recul, j’ai pu déceler certains signaux qui m’ont fait réagir : « Est-ce que je voudrais être avec un homme qui dit ceci ou fait cela ? » Ce genre d’homme, je l’ai déjà fréquenté. Je sais que ce n’est pas pour moi. Alors pourquoi m’accrocher ?

Je me suis rendu compte que l’approbation que je recherchais dans mes relations intimes était encore celle de mes parents. Encore. À l’âge de 32 ans, presque 33. N’est-ce pas incroyable ? Puis je me suis demandé combien de gens sur cette terre étaient toujours en réaction à un manque d’amour qu’ils avaient subi. Combien de gens recherchent-ils encore inconsciemment à résoudre un conflit de l’enfance… à travers leurs relations ? La réalité, c’est que le familier rassure. Il m’a rassurée pendant longtemps. En confirmant un message que j’avais tenu pour un fait indéniable : « Tu n’es pas digne d’amour. »

Mais je sais à présent que ce n’est pas vrai. La preuve ? Je me donne la permission d’être moi-même quand je fais de nouvelles rencontres. Ce faisant, je m’expose au risque de ne pas plaire à tout le monde. Et à la possibilité de ne pas recevoir d’autres textos d’un homme que je croyais intéressé. Je suis également plus en mesure de déterminer ce qui est bon pour moi. Et en ayant à cœur mon bien-être, j’ai aussi la responsabilité de dire non à ce qui n’est pas dans mon meilleur intérêt. Et à percevoir le départ d’une personne qui ne me convient pas comme un cadeau plutôt que comme un abandon.

Cela ne veut pas dire que je ne vivrai plus le sentiment d’abandon. Mais j’y serai plus sensible. Parce que je sais d’où il vient. Parce que je sais désormais que je suis la mieux équipée pour répondre à la blessure initiale réactivée. Parce que je réapprends à m’aimer. Jour après jour. J’apprends à honorer qui je suis.

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